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Genèse d’une ambition : 1999, fin de siècle et début d’une nouvelle ère à l’OL

15 mai 1999. Une date qui n’est pas restée dans la riche histoire de l’Olympique Lyonnais. Pourtant, ce jour-là, elle bascule. Sur une simple conversation. Le Progrès, le quotidien du Rhône, raconte la scène. Le groupe Pathé vient d’entrer au capital de l’OL pour gonfler ses ambitions et compte bien faire entrer le club dans une nouvelle dimension. Jérôme Seydoux, le grand patron du groupe, interroge Bernard Lacombe, déjà conseiller de Jean-Michel Aulas.

Seydoux : « Bernard, quels sont vos souhaits pour la saison prochaine ? »

Lacombe : « C’est-à-dire, Monsieur, que je connais un homme qui pourrait faire l’affaire. »

Seydoux : « Son nom ? »

Lacombe : « Sonny Anderson, il joue à Barcelone mais il est hors de prix. »

Seydoux : « C’est-à-dire hors de prix ? »

Lacombe : « Il faut environ 120 millions de francs. »

Seydoux : « Il n’y a qu’à l’engager. »

Voilà comment Lyon, bon club de Division 1, va enclencher la machine pour devenir un des clubs les plus craints d’Europe. En cette fin de siècle, les Gones ont déjà bonne mine. Menée par la génération Florian Maurice – Ludovic Giuly – Alain Caveglia, l’équipe de Jean-Michel Aulas, dix ans après son accession parmi l’élite, s’installe peu à peu parmi les plus régulières de l’Hexagone. La voilà troisième à la fin de cet exercice 1998/1999.

Le tournant Pathé

Après 15 ans de présidence, Lyon n’est plus le club familial et complexé face au voisin stéphanois. « Lyon est alors un club avec des structures solides et déjà un très bon centre de formation« , se souvient Grégory Coupet, gardien des Gones en cette fin de siècle. « On joue le haut du tableau mais rien de plus. » L’ambition boulimique de son président l’a déjà solidement installé dans le paysage de la Division 1. Problème, l’armoire à trophées jaunit sous le poids des années de disette et le grand patron, Jean-Michel Aulas, n’est pas du genre à se contenter des accessits.

Jérôme Seydoux en compagnie de Jean-Michel Aulas

Jérôme Seydoux en compagnie de Jean-Michel AulasGetty Images

La deuxième phase démarre donc en ce début d’année 1999. Pour viser plus loin, il lui faut une augmentation de capital. En février, Pathé injecte 108 millions de francs et obtient en échange une participation minoritaire de 34 % au sein du holding de contrôle. Un véritable séisme et la première pierre d’un projet qui fera de l’OL un champion sans partage durant sept ans en Ligue 1.

13 ans après Giresse à l’OM, 13 ans avant Zlatan à Paris

Pour l’incarner et marquer les esprits, il faut une star. Treize ans après les arrivées de Karl-Heinz Förster et Alain Giresse pour mettre sur orbite l’OM de Bernard Tapie, treize ans avant l’arrivée de Zlatan Ibrahimovic pour personnifier la nouvelle puissance de frappe du PSG de QSI, l’OL mise donc sur Sonny Anderson. « La bascule, c’est Sonny« , nous confirme François Clerc, entré au centre de formation de l’OL en 1998 et témoin de l’intérieur du changement de statut. « On sentait que, dans toutes les strates du club, Lyon s’éveillait au très haut niveau. Sonny, c’est le grand joueur qu’il manquait. Avec lui, l’OL avait désormais une équipe pour gagner. Et ça a entrainé tout le monde. »

En ce mois de juin 1999, il fallait avoir un bon brin d’imagination et s’armer de pas mal d’optimisme pour imaginer le génial Brésilien rejoindre l’Olympique Lyonnais d’alors. L’argent, on l’a compris, n’est plus le frein principal à cette transaction. Il faut désormais convaincre l’attaquant du grand FC Barcelone de rejoindre un club qui n’a plus rien gagné depuis 1973. Le discours de JMA joue un rôle fondamental.

«  L’ambition, c’est Aulas« 

Anderson perçoit dans ses mots l’ambition qui le fait vaciller. A cette époque, l’ancien meilleur buteur et joueur du championnat de France (avec Monaco en 1997) est double champion d’Espagne. Mais Bernard Lacombe, pas complètement fou non plus, sait qu’il existe une faille : après une première saison réussie en Catalogne, Anderson commence à trouver le temps long sur le banc du Barça derrière les deux phénomènes Patrick Kluivert et Rivaldo, Ballon d’Or cette année-là.

Le 18 juin, devant une centaine de journalistes au siège du club, Sonnygoal signe un contrat de quatre ans en faveur de l’OL avec un montant record pour un club français de 120 millions de francs. Dès le lendemain, la presse s’interroge : « Lyon en a-t-il les moyens ? » Aulas est furieux. Lui pense déjà à une entrée en Bourse dès que la loi lui permettra pour « gagner une Coupe d’Europe« .

Sonny Anderson signe à l'OL en 1999

Sonny Anderson signe à l’OL en 1999Getty Images

Ce qui peut passer alors pour de l’arrogance ou de la folie, selon où l’on place le curseur, témoigne simplement d’une vérité : JMA a plusieurs coups d’avance. Et c’est d’abord sa vision à long terme qui fera de Lyon le club majeur du foot français des années 2000. « L’ambition, c’est M.Aulas« , témoigne Coupet. « Il a toujours été visionnaire, il passait peut-être pour un fou au départ mais il a fait tout ce qu’il a dit. Il a pris le club en Division 2. Regardez où il est aujourd’hui et par où il est passé. »

«  Moi, je me disais : ‘Si on fait un des trois, ce sera énorme.’ Et au bout du compte, on fait les trois« 

S’il incarne ce souffle nouveau qui va porter l’OL très haut, Anderson ne suffit pas. Pour l’épauler, Lyon va frapper deux autres gros coups sur le marché des transferts en cet été 1999. Le premier, Tony Vairelles. Homme de base du Lens champion de France en 1998, l’avant-centre est international français et fait partie des meilleurs attaquant de Division 1. Il débarque contre 60 millions de francs, soit le deuxième plus gros transfert de l’histoire de l’OL.

Pierre Laigle, milieu de la Sampdoria Gênes et membre de la liste élargie des 28 pour la Coupe du monde 1998 (mais pas des 22), vient muscler le milieu de terrain. L’OL est définitivement prêt à changer de standing. « A ce moment-là, Tony cartonnait à Lens, on se disait que ce serait énorme de l’avoir avec nous« , se souvient Coupet. « Pierre était international, un super joueur. Et Sonny, on n’y croyait même pas. Moi, je me disais : ‘Si on fait un des trois, ce sera énorme.’ Et au bout du compte, on fait les trois. »

Bernard Lacombe entouré de Sonny Anderson et Tony Vairelles

Bernard Lacombe entouré de Sonny Anderson et Tony VairellesGetty Images

Les deux premières saisons d’Anderson ne déçoivent pas. Le Brésilien plante 59 buts. L’OL consolide sa place, termine les deux exercices sur le podium et se qualifie pour la Ligue des champions. Mais l’élimination face à Maribor en tour préliminaire de la C1 à l’été 1999 et l’incapacité des Gones à gagner le moindre trophée construisent un tenace plafond de verre. Lyon a des moyens, Lyon a des stars mais Lyon ne va pas au bout de ses idées.

La victoire en Coupe de la Ligue ? « On comprend ce que peut devenir l’OL »

Après l’entrée au capital de Pathé et l’arrivée d’Anderson, un troisième tournant intervient au printemps 2001, et lance la moisson de trophées. Pourtant, 19 ans plus tard, la Coupe de la Ligue ne pèse pas bien lourd dans l’épais palmarès des Gones. Mais elle est fondatrice et occupe une place particulière. Comme toutes les premières fois. Ce soir de mai 2001, Claudio Caçapa s’amuse dans les filets monégasques après une chevauchée fantastique, une image qui résistera au temps.

Sony Anderson et Edmilson soulève la Coupe de la Ligue le 5 mai 2001, premier titre de l'OL depuis 1973

Sony Anderson et Edmilson soulève la Coupe de la Ligue le 5 mai 2001, premier titre de l’OL depuis 1973Getty Images

L’OL remporte son premier titre en 28 ans, le Lyon d’Aulas n’est plus fanny. « Cette victoire a décanté beaucoup de choses« , nous confie encore Coupet. « C’était une ligne au palmarès. Quand on est revenu à Lyon, c’était fou. Si on avait gagné la Coupe du monde, ça n’aurait pas été moins fort. Ça débloque quelque chose. C’est comme si on avait découvert que l’OL était une région de foot avec un potentiel énorme. On comprend alors ce que peut devenir ce club au niveau national. »

« Pour moi, on bascule en mode machine de guerre quand on gagne la Coupe de la Ligue« , se souvient Patrick Müller, buteur décisif au bout de la prolongation au Stade de France face à Monaco (2-1, a.p.). « On termine deuxième du championnat derrière Nantes en faisant une fin de saison incroyable avec sept ou huit victoires d’affilée. Mais Nantes ne craque pas. Là, on sent qu’il y a quelque chose. A partir de là, le cercle vertueux se crée. » Sonny Anderson est le point de départ : il a déclenché les ambitions, ouvert la voie aux trophées. Et aux Brésiliens. Deux mois plus tard, Juninho débarque dans le Rhône. Une nouvelle ère s’ouvre.

Avec Cyril Morin

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