samedi , mai 30 2020

Oui, il y a eu une équipe de foot à Tchernobyl

En 1986, la Suède était le premier pays à informer le monde de l’accident nucléaire survenu à Tchernobyl. 33 ans plus tard, c’est à nouveau un Suédois, le réalisateur Johan Renck, qui a mis en lumière cette catastrophe historique. Le succès de la série Chernobyl, coproduction HBO-Sky UK écrite par Craig Mazin (Scary Movie, Very Bad Trip), aurait même dopé le tourisme de 40% sur le site de la ville atomique de Pripiat. Aujourd’hui, au milieu des bâtiments vides, d’un parc d’attractions délabré et d’auto-tamponneuses à l’abandon, se dresse le stade Avanhard, étendard usé et défraîchi d’une enceinte qui n’aura même pas été inaugurée, la faute à la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle.

Stade terminal

Initialement, le club de Pripiat jouait ses matchs à domicile sur un petit terrain situé à l’entrée de la ville, voisine de Tchernobyl ( « herbe amère » en français). Lorsque l’équipe a commencé à enchaîner des performances réussies lors des compétitions régionales, les autorités ont décidé de construire une enceinte de plus grande envergure. L’inauguration du stade Avanhard, prévue le 1er mai 1986 (journée internationale des travailleurs), était aussi importante que la construction du cinquième réacteur la même année. Ce nouvel écrin de 5000 places devait être un ornement pour l’URSS et les habitants de Pripiat la prospère. Mais il n’en fut rien, puisque le quatrième réacteur de la centrale, touché en plein cœur, causa un accident nucléaire cinq jours avant l’ouverture en grande pompe du stade.
La légende ukrainienne raconte que le 26 avril 1986, jour de la catastrophe, des membres du personnel de l’État fédéral soviétique ont débarqué durant l’entraînement du club de Borodyanka, afin de les avertir que leur match prévu à Pripiat le lendemain était annulé. Sans l’accident nucléaire, l’équipe de football de Tchernobyl aurait certainement continué à gravir les échelons du football soviétique, dans un stade flambant neuf. Au lieu de ça, l’enceinte avant-gardiste, transformée en héliport de fortune à la suite de la catastrophe, est devenue hantée. Terrain d’urbex apprécié des visiteurs de la ville atomique hantée, le stade de Tchernobyl avait déjà été un lieu de groundhopping très fréquenté par les journalistes et les touristes pendant l’Euro 2012 co-organisé par l’Ukraine.

Atomique Football Club

C’est en 1970 que la neuvième centrale nucléaire soviétique a été construite, à une dizaine de kilomètres au nord de Tchernobyl. Avec l’arrivée de la centrale, Pripiat et ses environs formaient le symbole reluisant d’une URSS moderne et futuriste. À l’époque, l’âge moyen des 50 000 Soviétiques de la cité fertile était même de 26 ans. Logique donc que l’équipe de foot soit devenue compétitive au point d’espérer se professionnaliser. En 1979, Stanilslav Goncharenko, ancien jeune du Spartak Moscou, s’engage avec le club de Tchernobyl. L’actuel dirigeant du club de futsal de Lviv sera suivi par des joueurs du coin et par des employés de la centrale. Ces derniers sont majoritairement arrivés à l’hiver 1981 et ont été rapidement surnommés les Snowpiercer. La même année, Anatoli Shepel, ancien joueur du Dynamo Kiev et de l’URSS, débarque sur le banc de touche ; et deux ans plus tard, l’équipe devient la deuxième équipe soviétique à remporter trois fois de suite le championnat de la région de Kiev. En plein développement, le club en profite pour lancer son équipe de jeunes pousses, qui sera dissoute à son tour à l’arrivée de la radioactivité.
En 1987, malgré un exil massif (la famille d’Andryi Shevchenko, né à 150 kilomètres de Pripiat, a notamment déménagé à la suite de l’incident nucléaire), une équipe refait surface sur les cendres du club disparu. Le FK Stroitel Slavutych jouera le championnat en 1987 et 1988 avant d’arrêter à son tour, barrée par la radioactivité et l’exil massif. Depuis quelques années, de plus en plus de personnes reviennent à Pripiat. Et aujourd’hui, quelques joueurs se réunissent à nouveau pour taquiner le ballon. Mais ils préfèrent jouer dans une salle.

Par Maxime Renaudet

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