vendredi , avril 3 2020

Papu Gomez, le métronome d’une équipe qui enchante l’Europe

La carrière d’un joueur tient à peu de choses et peut rebondir de la manière la plus inattendue en raison d’un événement extra-sportif. Dans le cas d’Alejandro Gomez, son destin s’est joué en quelques minutes sur fond de conflit armé en Ukraine.

En mai 2014, alors qu’il évolue depuis quelques mois au Metalist Kharkiv, le milieu offensif argentin ne se sent plus en sécurité quand éclate la guerre du Donbass. Il quitte le territoire en mai, à la fin du championnat et refuse de revenir pour préparer la nouvelle saison. « Je vois des gens se balader dans la rue avec des mitraillettes et je ne veux pas mettre ma famille en danger », confie-t-il alors à la presse argentine.

Parti se ressourcer dans son pays, il doit attendre le dernier jour du mercato estival 2014 pour voir sa carrière basculer. « Son arrivée a été bouclée lors de la dernière heure du mercato, nous raconte Giovanni Sartori, directeur technique de l’Atalanta. On pensait même qu’on allait échouer dans notre opération. On devait tout rentrer dans le système TMS de la FIFA et il ne restait que quelques minutes, mais cela a finalement suffi pour tout officialiser. »

Ses premiers pas à Bergame sont compliqués car il sort de quatre mois sans entraînement intense en Argentine. On ne retrouve pas le joueur si séduisant au moment de son départ de Serie A, quelques mois plus tôt. Dans le « Catane des Argentins« , il avait participé à l’écriture d’une des plus belles histoires sportives des années 2010 au côté de ses compatriotes Maxi Lopez, Sergio Almiron, Matías Silvestre et bien d’autres. Avec Vincenzo Montella, puis Rolando Maran aux commandes, le club sicilien avait atteint la 13e, puis la 11e et enfin la 8e place du classement. En compagnie de Pablo Barrientos et Gonzalo Bergessio, il formait un trident offensif redoutable. Avant de céder à l’appel du gros contrat ukrainien.

La cure Gian Piero Gasperini et la deuxième jeunesse

Une carrière peut également prendre un vrai tournant grâce à une rencontre. L’Argentin peut en témoigner. Après deux saisons ponctuées de hauts et de bas, il croise la route de Gian Piero Gasperini. La méthode du technicien italien correspond aux attentes de Gomez qui devient une deuxième version améliorée du joueur qu’il était : plus résistant, plus intelligent, plus fort psychologiquement et plus important encore dans un système taillé pour lui. Positionné derrière l’attaquant dans le 3-4-2-1 mis en place, il bénéficie d’une grande liberté de mouvements. Il est aussi bien au départ des actions, dans la construction, qu’à la finition. Il fluidifie le jeu lorsqu’il redescend au milieu et il délivre des passes décisives magistrales lorsqu’il combine avec les autres joueurs offensifs. Il devient un leader et la plaque-tournante de cette équipe.

« Il est parfaitement dans l’ADN de cette équipe, témoigne Giovanni Sartori. Il respecte l’état d’esprit inculqué par Gasperini, c’est à dire jouer un football offensif et être protagoniste sur le terrain. Il incarne ça à 200%. Il est toujours disponible pour faire quelque chose en plus et ne pas se contenter de l’ordinaire. » Avec lui, l’Atalanta dispose d’un élégant meneur de jeu, souvent insaisissable avec ses dribbles courts et doté d’une grande créativité.

Dans un système rigide où les rôles sont bien définis, il dispose d’une grande liberté créatrice pouvant contrer tous les schémas mis en place pour faire déjouer l’Atalanta. « C’est le joueur le plus déterminant de cette équipe et probablement de toute la Serie A, ajoute le responsable technique du club. Grâce à Gasperini, il bénéficie d’une liberté sur le terrain qui lui correspond parfaitement. Il peut se déplacer à sa guise sur le terrain, venir aider nos milieux, ou être plus haut pour faire la passe décisive. Il est idéal pour “coudre le jeu” comme on dit, c’est à dire pour faire le lien entre le milieu et l’attaque. Le fait d’avoir atteint cette maturité physique lui permet d’être partout. »

Une influence capitale sur le jeu de l’Atalanta

La vision du directeur technique de Bergame s’appuie sur ses observations, mais aussi sur des données moins émotionnelles : les statistiques. Si l’Atalanta est l’équipe de Serie A qui réussit le plus de passes dans les 20 mètres adverses (et en parallèle, celle qui en concède le moins), elle le doit en grande partie à son meneur de jeu argentin. « Papu » Gomez truste les deux premières places sur un grand nombre de statistiques en rapport avec la créativité, la prise de risque et la justesse technique, comme les passes verticales, les passes dans le dos de la défense, les passes réussies dans une distance de 15 à 25 mètres du but adverse et les « passes intelligentes« .

Dans une équipe avec une grosse densité physique et avec des joueurs disposés à multiplier les courses à haute intensité, le trentenaire argentin s’est mis au niveau. Et comme toujours, avec lui, il en fait même un peu plus. Il est ainsi le joueur de Serie A affichant le plus de « progressive runs » en Serie A. Cette statistique proposée par la plateforme spécialisée Wyscout recueille les courses de 30m ou plus, qui commencent dans la propre moitié de terrain et se terminent dans la moitié adverse et les courses de 10m ou plus qui commencent et finissent dans la moitié adverse. Le numéro 10 de l’Atalanta est loin devant des joueurs de percussion comme Jérémie Boga et Cristiano Ronaldo, ce qui témoigne de sa capacité à accélérer le jeu, aussi bien par la passe que par les courses avec ballon.

Alejandro "Papu" Gomez (Atalanta Bergame)

Alejandro « Papu » Gomez (Atalanta Bergame)Getty Images

La C1 lui va si bien

A 32 ans, Papu Gomez découvre la phase à élimination directe en Ligue des champions, quelques mois après avoir débuté dans la plus belle des compétitions européennes. La progression constante du club de Bergame, encore quatrième de son championnat cette saison après 24 journées, lui permet d’évoluer désormais au plus haut niveau du football italien et européen, et d’en être un protagoniste sur le terrain. Ses bonnes performances lui ont aussi permis de devenir international argentin, sur le tard, lorsque Jorge Sampaoli était le sélectionneur de l’Albiceleste (4 sélections en 2017). « Il est au top de sa condition physique, confirme Sartori. Il l’est également sur le plan mental. Il a atteint son pic technico-tactique et il peut encore donner de belles années à l’Atalanta à ce niveau. »

L’âge avancé de l’Argentin est également une sorte de protection pour la DEA, car il est difficile d’imaginer un top club italien aller chercher un joueur de 32 ans pour en faire un élément indispensable d’une stratégie sportive. A l’Atalanta, Gomez a la gloire, le brassard, la reconnaissance, la cohérence du projet et les résultats. Tout ce après quoi il a couru pendant des années. Alors pourquoi changer ?

Alejandro "Papu" Gomez (Atalanta Bergame)

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