mardi , août 20 2019

Renard à vif

« On n’a aucun problème, ça aurait pu arriver à n’importe qui. On est une équipe, on est solidaires. » Marion Torrent est soulagée au moment du passage obligatoire en zone mixte. Soulagée, mais avec un mental de guerrière, celui qui les a habitées, elle et ses coéquipières, pendant 90 minutes d’une rare intensité, particulièrement après la 54e minute, lorsque Wendie Renard ouvre son pied et pousse au fond des filets de Sarah Bouhaddi un centre de Guro Reiten qui cherchait Isabell Herlovsen. « Amel [Majri, N.D.L.R.] me parle, mais je ne comprends pas ce qu’elle me dit, alors je mets le pied pour envoyer le ballon en corner, sauf qu’il a terminé au fond » , se rappelait péniblement l’intéressée avant de rentrer au vestiaire.
Le scénario est cruel pour la Lyonnaise qui, face à la Corée, était devenue l’héroïne d’un match parfaitement maîtrisé en claquant un doublé de la tête, ce qui avait poussé le staff norvégien à mettre à contribution le grand attaché de presse (1,96 mètre) des Gresshoppene pour travailler les coups de pied arrêtés avec ce Renard de substitution. Étrangement, le jour J, la Martiniquaise avait à son marquage Maren Mjelde et son redoutable mètre 65, évidemment insuffisant pour l’empêcher de se montrer aussi dangereuse que d’habitude. Sauf que cette fois-ci, point de coup de casque fatal : comme prévu, la Norvège s’est montrée particulièrement difficile à faire craquer. « Face à elles, on savait que ça allait être assez différent de la Corée, plus direct, plus physique, reprend Renard. Et contre le Nigeria, il faudra à nouveau tout repenser : dans ce groupe, on a trois adversaires qui ont un style complètement différent. »

Apporter de l’eau au moulin de la boulette

L’expression bateau de « prendre les matchs les uns après les autres » a cet avantage qu’on passe plus de temps à analyser le moment qui vient de se produire plutôt que de se projeter trop loin dans l’avenir. En l’occurrence, ici, l’équipe de France a expérimenté ce que signifie être au pied du mur, en étant à deux doigts de partager l’enjeu sans avoir réussi à se mettre à l’abri. Le tout à cause d’un CSC qui aura sans aucun doute sa place dans le bêtisier de fin d’année : « Ça fait tache, c’est un but-gag, se désolait l’intéressée après coup. Ça fait mal collectivement, car on avait fait les efforts pour marquer, et ce but aurait pu nous mettre en difficulté. »

Heureusement pour elle, l’autre enseignement à tirer de cette expérience, c’est que les Bleues ont un solide mental. Renard a multiplié les contres et bien aidé Bouhaddi à passer une fin de soirée tranquille. « Ce sont des situations qui arrivent et il faut réagir vite. Si on faiblit mentalement, on n’est pas fait pour le sport de haut niveau. Dans un moment comme ça, on garde les pieds sur terre et on se remet en question. Ce soir, on a montré qu’on était ensemble » , analysait la défenseur centrale. Effectivement, Eugénie Le Sommer l’a libérée d’un sacré poids en transperçant le filet d’Ingrid Hjelmseth sur un penalty que d’aucuns trouveront généreux, mais qu’importe : au rayon des coups de pouce du destin, la partie s’est achevée par un match nul. « Je savais que c’était difficile pour Wendie parce qu’elle s’en voulait énormément. Je la connais bien, je sais tout ce qu’elle peut nous apporter » , expliquait celle qui ne compte désormais plus que cinq pions de retard sur le record de Marinette Pichon (81). « Wendie est venue vers moi pour me remercier, je lui ai dit : « Non, mais, au premier match, c’est toi qui as mis deux buts ! » »

Réponse de l’intéressée : « Finir à un partout à cause d’une erreur de ma part, ça aurait pu faire tache. Eugénie nous a sauvé la mise, et au bout du compte, ça finit très bien pour nous. Donc merci à elle, tout simplement. » Le Nigeria est prévenu : le groupe France vit bien. Et ça peut faire mal.

Par Julien Duez, au Stade de Nice Propos recueillis par JD.

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