mercredi , février 19 2020

Rubiales, l’œil du cyclone de la fédération espagnole

« Nous sommes un pays de clowns… Vive l’Espagne ! » Voilà un message qui va sans doute faire parler car il n’est pas issu d’un joueur lambda. Depuis la ville de Porto, Iker Casillas s’est décidé à passer par le réseau social Twitter pour exprimer sa peine vis-à-vis de la récente décision de Robert Moreno de quitter son poste de sélectionneur national.

Un choix lié à une situation devenue inconfortable pour les pièces centrales de l’actuelle fédération : Moreno, désireux de poursuivre l’aventure à la tête de l’équipe nationale mais stoppé dans son élan, Luis Enrique, désireux de reprendre ses fonctions après le décès tragique de sa fille Xana, et Luis Rubiales, président d’une fédération qui avait fait la promesse à Enrique d’un retour au premier plan en cas de volonté de celui-ci. Trois hommes, mais un seul décisionnaire : Luis Rubiales.

La succession à Villar et la guillotine pour Lopetegui

Double champion d’Europe et champion du monde, Casillas peut légitimement croire que le temps d’une Espagne souveraine à l’échelle du football professionnel est aujourd’hui révolu. D’ailleurs, San Iker a totalement raison. Depuis la perte de son titre européen lors de l’Euro 2016 contre l’Italie au Stade de France (0-2), l’Espagne tâtonne à l’image de son président nommé à la place d’Ángel María Villar depuis le 17 mai 2018.

Moins d’un mois après son arrivée au plus haut poste de la fédération espagnole, Rubiales met déjà les mains dans le cambouis : informé de la décision de Julen Lopetegui de s’engager au Real Madrid après l’échéance du Mondial 2018 quarante-huit heures avant le début du tournoi face au Portugal, le président prend un vol Moscou-Madrid et limoge le sélectionneur en place sans aucune empathie.

Andrès Iniesta, Diego Costa et le sélectionneur de l'Espagne, Julen Lopetegui

Andrès Iniesta, Diego Costa et le sélectionneur de l’Espagne, Julen LopeteguiAFP

« J’admire beaucoup Julen car c’est un entraîneur de première catégorie, mais cela rend juste plus difficile la décision à prendre, explique le patron de la RFEF. Gagner est important, mais il est plus important de voir comment les choses sont faites. (…) Ce n’est pas possible d’agir comme cela cinq minutes avant que l’information soit officielle. Nous avons dû réagir, j’ai vu cela dans la presse. C’est désormais du passé et je sais que quoi qu’il arrive, je vais être critiqué. »

Une fois revenu en Russie, Rubiales assiste à la déroute de l’Espagne en huitièmes de finale contre la Russie (1-1, 4-3 aux tirs au but) et aux premières réactions des joueurs suite à l’élimination. « Cette prise de décision nous a perturbé, ce n’était pas le moment adéquat, explique le milieu de terrain Saúl Ñíguez. Julen méritait de continuer avec nous après deux ans à préparer le Mondial. »

Rubiales : « Luis Enrique avait la promesse que les portes étaient ouvertes »

À cette époque, il semble déjà clair que le choix humain et sportif de Rubiales se retrouve remis en question. Si l’Espagne avait poursuivi son épopée russe avec Lopetegui, aurait-elle été meilleure durant la compétition ? Toujours est-il qu’un an et demi plus tard, la question peut encore se poser dans l’imbroglio entre Moreno, Enrique et Rubiales à quelques mois de l’Euro 2020.

Cependant, Rubiales semble une nouvelle fois s’en remettre à ses principes. « Lundi (jour du dernier match de qualification pour l’Euro entre l’Espagne et la Roumanie, N.D.L.R), nous avons reçu un message de Robert Moreno dans la matinée, expliquait l’ancien président du syndicat des footballeurs espagnols (AFE) en conférence de presse exceptionnelle « mardi. Je cite textuellement : il veut se mettre d’accord sur son départ et ne pas nuire au retour de Luis Enrique. Il nous dit qu’il veut se mettre d’accord sur son départ. C’est quelque chose qu’il dit publiquement. »

Roberto Moreno

Roberto MorenoGetty Images

Malgré l’aplomb de Rubiales, une pièce manque au puzzle : l’absence de Moreno fait tâche dans cette conférence. Uniquement représenté par deux avocats dans le rendez-vous prévu avec Rubiales dans la matinée, l’ex-sélectionneur est en réalité conscient d’un probable retour aux affaires de Luis Enrique depuis le 31 octobre 2019, date à laquelle le directeur sportif de la fédération José Francisco Molina rencontre Enrique à Saragosse pour discuter de la méthode à adopter.

« Luis Enrique est le responsable de ce projet, poursuit Rubiales. Nous avons engagé Luis Enrique et son personnel. Il avait la promesse que les portes étaient ouvertes. Ce projet se poursuivra jusqu’à la Coupe du Monde au Qatar. » En clair, Rubiales fait vœu d’allégeance envers l’ancien entraîneur du FC Barcelone et défend sa prise de position sous le prisme de la logique.

La couleur des sentiments

Dans le même temps, faire confiance à Luis Enrique jusqu’à 2022, c’est aussi prendre le risque que le prochain championnat d’Europe soit une simple mise en bouche de l’Espagne afin de monter en puissance… Encore une fois, Rubiales serait-il en train d’agir avec son cœur plutôt qu’avec sa tête ?

Au moment de répondre à la dernière question remettant en cause la gestion de la sélection espagnole comme s’il s’agissait de celle d’un club avec déjà quatre sélectionneurs nommés en seize mois, Rubiales s’est montré direct : « Quand nous avons proposé un contrat à Luis Enrique, nous ne savions pas ce qu’il allait se passer avec la petite Xana, termine Rubiales d’une voix grave. Je ne sais pas si ce type de situation est déjà arrivé dans l’histoire du football, mais nous avons dû l’affronter et la résoudre. » Reste à savoir si cette fois-ci, l’Espagne va enfin avancer dans le calme et la tranquillité.

Luis Enrique

Luis EnriqueGetty Images

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