vendredi , novembre 15 2019

Sans Neymar, la vie est belle pour le Brésil

Cela aurait dû être un match anecdotique. Pour son premier match de préparation après une saison 2018/2019 éprouvante pour les organismes, le Brésil recevait le Qatar au stade Mané Garrincha de Brasilia. Après une finale de coupe de France perdue face au Stade Rennais (2-3) et trois matches et demi de Ligue 1 dans les pattes, Neymar Juniór pensait avoir enfin laissé derrière lui les mauvais souvenirs d’une nouvelle blessure à la cheville droite, cette fois-ci contre le Racing Club de Strasbourg.

Hélas pour le numéro 10 auriverde, le mauvais œil s’est chargé de revenir dans sa vie à la 21e minute de la rencontre sur un contact a priori anodin avec Assim Madibo. La cheville en vrac et le visage oscillant entre larmes et déception, Neymar quitte la pelouse aidé par le corps médical. Une mauvaise nouvelle pour le Brésil ? D’un point de vue sportif, personne n’ose réellement l’affirmer. Mais dans les faits, il s’avère que Neymar enlève sans vraiment le vouloir une épine du pied à son pays.

Neymar lors de Brésil - Qatar le 5 juin 2019 à Barsilia

Neymar lors de Brésil – Qatar le 5 juin 2019 à BarsiliaGetty Images

Une position fragilisée

En bon compétiteur désireux de marquer l’histoire, Neymar possède un mental de champion. Et un champion, ça n’aime pas perdre. Lors de la défaite contre Rennes, Neymar avait eu un geste déplacé à l’encontre d’un spectateur peu aimable au moment d’aller chercher sa médaille de finaliste. Une attitude sanctionnée de trois matchs de suspension avec le PSG, mais également réprimandée au Brésil, où une grande partie de la vox populi ne souhaitait plus voir Neymar détenteur du brassard de capitaine, symbole d’exemplarité au sein du vestiaire.

À la suite d’un entretien privé avec le joueur, le sélectionneur national Tite s’est décidé à passer à l’action : plus de capitanat pour Neymar, son coéquipier en club Daniel Alves remplacera le meneur de jeu dans cette tâche élémentaire. En tant que footballeur, Neymar n’est donc plus le leader officiel de l’équipe : il est redevenu un joueur membre d’un groupe. En tant que personne publique en revanche, il est déjà devenu la cible des critiques.

Neymar lors de son passage au Commissariat

Neymar lors de son passage au CommissariatGetty Images

La fin des polémiques

L’autre polémique concernant Neymar avant cette compétition, c’est bien entendu l’accusation de viol dont la star fait l’objet depuis le mois dernier. Une affaire qui multiplie les avis au pays, entre ceux qui voient en Neymar un pion inamovible et essentiel du dispositif de Tite, et les autres qui considèrent que cette affaire doit coûte que coûte le mettre à l’écart de l’équipe nationale, du moins pour lui laisser le temps de régler cette affaire opaque. D’abord mis en cause par sa présumée victime Najila Trindade, le joueur s’est expliqué via lnstagram en révélant des messages WhatsApp censées mettre un terme à la polémique.

Une mauvaise idée, puisque ces conversations privées sont devenues une nouvelle arme d’attaque en justice pour la plaignante, désireuse de faire éclater la vérité à tout prix. Sans révéler le fin mot de l’histoire, cette situation extra-sportive n’aidait aucunement la Canarinha dans sa préparation. De fait, la blessure malchanceuse du Ney permet au Brésil d’écarter une pression extérieure supplémentaire avant de s’attaquer à son objectif central : remporter sa Copa América.

Philippe Coutinho (Brésil), lors d'un match amical face au Honduras

Philippe Coutinho (Brésil), lors d’un match amical face au HondurasGetty Images

Une équipe au sens propre

Depuis le début du siècle, l’équipe nationale brésilienne s’est toujours présentée dans un Mondial avec un numéro 10 charismatique et capable de changer n’importe quel match grâce à une fulgurance individuelle : Rivaldo en 2002, Ronaldinho en 2006, Kaká en 2010, et donc Neymar en 2014 et 2018. Pour cette Copa América 2019, c’est Willian qui portera exceptionnellement le numéro mythique, sans que cela soit une référence à la symbolique du numéro. En effet, si le milieu offensif de Chelsea n’est pas novice en matière de gestuelle technique, il n’est en revanche pas considéré comme un joueur fondamental, mais plutôt comme une option supplémentaire dans les choix tactiques de Tite.

Et c’est là toute la différence : désormais, chaque joueur de l’équipe (sauf peut-être le capitaine Dani Alves, statut oblige) sera traité à la même enseigne, sans privilège ni traitement de faveur. Cela permet une remise en cause permanente sur tous les postes, et c’est probablement là-dessus que la Seleção s’est égarée ces deux derniers Mondiaux à accorder trop d’importance à Neymar alors que d’autres joueurs comme Philippe Coutinho, Alves ou la paire Thiago Silva-Marquinhos sont des éléments capables de créer le déclic dans cette sélection qui mélange l’expérience au talent.

Philippe Coutinho controls the ball in a training session at the Gremio team training centre on June 07, 2019 in Porto Alegre, Brazil.

Philippe Coutinho controls the ball in a training session at the Gremio team training centre on June 07, 2019 in Porto Alegre, Brazil.Getty Images

Une bonne préparation sans lui

La meilleure des preuves, c’est de constater la différence de préparation entre la Copa América 2019 prévue au Brésil et celle de 2015 qui avait eu lieu au Chili. Cette année, les Brésiliens se sont offert le scalp du Qatar (2-0), puis ont offert une démonstration de force offensive contre le modeste Honduras (7-0). Les buteurs ? Gabriel Jesús par deux fois, Thiago Silva, Coutinho, David Neres, Roberto Firmino et Richarlison. En clair, six buteurs sur sept sont issus du secteur offensif, le tout sans Neymar.

Que s’était-il passé en 2015 au début du mois de juin ? Toujours sans un Neymar à peine remis de sa finale de Ligue des champions remportée avec le Barça, le Brésil s’était imposé contre le Mexique (2-0) avant de galérer contre… le Honduras (1-0), un match où Neymar est entré en jeu à la pause alors que le score était déjà en faveur des Brésiliens. Alors oui, le talent intrinsèque du joueur formé à Santos ne fait aucun doute. Oui, son nom sera sans doute bientôt affilié au meilleur buteur de l’histoire de la sélection brésilienne (à 27 ans, Neymar se situe au troisième rang avec 60 buts, derrière les 62 de Ronaldo et les 77 de Pelé). A contrario, constater son absence de titre en Copa América ou en coupe du monde démontre également que sa présence en séleciton ne garantit pas le succès.

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