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Archibald Leitch : sur les traces du père des stades britanniques

Comment le premier homme à avoir fait de la conception de stades de football un métier a-t-il pu tomber dans l’oubli ? Né en 1865 et disparu quelques mois avant le début de la seconde guerre mondiale, Archibald Leitch est un homme d’un autre temps. Mais au royaume de la brique rouge et de l’acier, le temps apparait parfois comme suspendu. La mémoire collective fait son œuvre. Le passé vit bien souvent dans le présent et les traditions liées au football perdurent. Aujourd’hui, ne subsistent que quelques vestiges de l’œuvre architecturale de Leitch, alors qu’il fut entre 1900 et 1939 à l’origine des tribunes d’une vingtaine de stades d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande. Jamais reconnu de son vivant, il continue pourtant de hanter depuis un siècle les abords des pelouses mythiques du royaume.

Douze des vingt équipes qui composent aujourd’hui la Premier League ont eu, à un moment de leur histoire, recours aux services d’Archibald Leitch. Bramall Lane (Sheffield United, 1900), Old Trafford (Manchester United, 1902), Stamford Bridge (Chelsea, 1905, 1921), Anfield (Liverpool, 1906), Goodison Park (Everton, 1908, 1909), White Hart Lane (Tottenham, 1908, 1909, 1934), Highbury (Arsenal, 1913), Villa Park (Aston Villa, 1914), St James Park (Newcastle, 1921), Selhurst Park (Crystal Palace, 1923), Molineux (Wolverhampton, 1924, 1931, 1935) et The Dell (Southampton, 1926, 1929) sont nés, au moins en partie, de son crayon. Et ce n’est qu’à partir des année 1980, qu’un historien du sport et de l’architecture anglais, Simon Inglis, s’est mis en quête de ressusciter son œuvre.


« Il était complètement inconnu »

Fin des années 1970. Grand fan de football, Simon Inglis partage son temps entre la fac d’architecture et des excursions à moto dans tout le pays, le plus souvent dans la région de Birmingham, où il a grandi. Au cours de ces escapades, l’homme lie l’utile à l’agréable. Visites de cathédrales ou de vieilles bâtisses le matin et de stades de foot l’après-midi. À l’université, il commence à s’intéresser de plus près à l’architecture des stades de football, avant de devenir journaliste pour The Guardian, à Manchester, au début des années 1980. Avec la volonté d’en savoir plus sur les concepteurs des stades du pays et sur les grands principes architecturaux de ces arènes sportives, Simon Inglis se lance dans des recherches et publie un premier livre référence en 1982, Football Grounds of Britain.

À cette époque-là, le nom d’Archibald Leitch n’apparaît pratiquement nulle part. « Il était complètement inconnu. J’ai un souvenir de Roker Park (stade démoli en 1998), à Sunderland. Dans la vieille salle de conférence, avec ses panneaux de bois sur les murs, j’ai vu sur l’un d’eux, de la taille d’une carte postale, une photographie d’Archibald Leitch. C’est la première fois que j’ai pu mettre un visage sur son nom. » Les premières traces de son travail, il les découvre chez lui, à Birmingham, du côté d’Aston Villa, son club. Archibald Leitch fait partie des différents bâtisseurs qui, au cours de son histoire, ont créé puis transformé Villa Park. Ce n’est qu’en 2004, après une carrière bien entamée, que Simon Inglis reprend, plus en profondeur, sur travail sur Archibald Leitch.


Roker Park, à Sunderland, le 23 juillet 1966 – Coupe du Monde : Portugal-Corée du Nord.

Des Rangers aux Spurs

« Seuls deux clubs le mentionnaient dans le déroulé de leur histoire : les Glasgow Rangers et les Spurs de Tottenham, » explique Inglis. Originaire de Glasgow, Leitch était supporter des Rangers. Lorsqu’il a déménagé à Londres en 1915, où il a passé le reste de sa vie, il est devenu un spectateur régulier des Tottenham Hotspurs et c’est lui qui, entre 1909 et 1934, a dessiné les quatre tribunes de feu White Hart Lane. À la fin du 19ème siècle, l’occupation principale d’Archibald Leitch est la conception d’usines. Devenu dessinateur industriel en 1887, il passe plusieurs années en Inde, dans les manufactures de thé, et en Afrique-du-Sud, alors colonies britanniques. Revenu en Ecosse en 1890, il conçoit des machines destinées à l’industrie sucrière, donne des cours du soir dans plusieurs écoles et finit par se mettre à son compte en 1896.

C’est en compagnie de l’ingénieur Harry Davies, fils de l’un de ses mentors, qu’il réalise ses premiers projets. Et ce n’est qu’en mars 1899 qu’il reçoit une commande des Rangers, pour la conception de leur nouveau stade d’Ibrox Park. Le plus grand stade de football jamais construit ouvre ses portes en avril 1900. Leitch prouve son attachement au club de son enfance en ne réclamant aucun frais pour la conception du stade. En mars 1902, son entreprise emploie alors une trentaine de personnes. C’est à peu près à cette époque que Davies part en Inde, laissant Leitch poursuivre seul l’aventure. Le 5 avril de la même année, lors d’un match Angleterre-Écosse à Ibrox Park, le désastre frappe l’enceinte récemment érigée. Faite de bois, la partie de la terrasse sud-ouest s’effondre, faisant 25 morts et quelque 516 blessés.

De la tragédie d’Ibrox Park aux premiers standards

Très marqué par cette tragédie, Archibald Leitch remet la faute sur le marchand de bois Alexander MacDougall, qu’il accuse d’avoir utilisé du bois de qualité inférieure, mais ce dernier est déclaré non coupable lors du procès qui s’ensuit. Malgré la controverse, et après avoir d’abord cherché à s’attacher les services d’un autre architecte, les Rangers décident néanmoins d’offrir une seconde chance à Leitch. Un tournant dans sa carrière. « Pour être un architecte renommé, il fallait être un bon commerçant, » précise Inglis. Membre très actif de la franc-maçonnerie, caractéristique répandue chez les protestants de Glasgow de l’époque, Archibald Leitch fréquente un cercle qui regroupe plusieurs présidents de clubs de football du royaume. Il semble comme un poisson dans l’eau dans cet univers.

Après le drame, c’est la première fois au XXe siècle qu’un architecte britannique prend le temps de réfléchir à comment les choses fonctionnent. Comment rendre ces stades sûrs. La terrace (tribune debout) qu’il construit en 1905 à Craven Cottage, stade de Fulham, s’inscrit comme un modèle pour les cinquante années qui suivent. Il conçoit ensuite Stamford Bridge, antre de Chelsea. « Lorsque l’on compare le travail d’Archibald Leitch avec les standards d’aujourd’hui, même s’ils sont devenus bien plus élevés, on s’aperçoit qu’il avait tout bon sur les principes basiques de la construction de stades. Il n’était bien évidemment pas aussi avancé sur les aspects liés à la sécurité, mais il a été celui qui a fait le premier pas » explique Inglis.


La Riverside Terrace de Craven Cottage, stade de Fulham situé dans le sud-ouest de Londres


Le Cottage a été construit à l’angle de la nouvelle tribune, Stevenage Road Stand, car l’architecte avait omis d’inclure des vestiaires dans cette dernière


Le stade de Stamford Bridge, à l’époque où Archibald Leitch l’a conçu

Les débuts d’une profession

« Archibald Leitch n’était pas un pionnier, comme Pier Luigi Nervi a pu l’être à la même époque en Italie, où il construit le stade Artemio-Franchi (Florence, Fiorentina, 1931), et révolutionna l’utilisation du béton armé, » mais il fut sans nul doute le premier ingénieur à vraiment s’intéresser aux principes fondamentaux de l’ingénierie dans la conception des stades et à les appliquer. « Des principes très simples, qui remontent à l’époque de la construction du Colisée par les Romains. Ces derniers avaient déjà compris comment concevoir les allées qui permettaient la circulation dans les travées, comment faire entrer et sortir les gens de l’enceinte en sécurité, combien de personnes pouvaient entrer, comment construire un toit…, » nous explique Simon Inglis.

Au début du XXe siècle, aucun autre architecte des stades n’existait. Aucun spécialiste. Aujourd’hui et depuis les années 1970, des architectes, ou plutôt des entreprises spécialisées dans la conception de stades, ont pignon sur rue. Six ou sept groupes se partagent aujourd’hui la conception de projets d’équipements sportifs à travers le monde. « Du temps de Leitch, au début des années 1900, il n’y avait personne. Il était seul spécialiste des stades à travers l’Europe. Aux États-Unis, une ou deux entreprises s’étaient spécialisées dans la conception de terrains de base-ball. En Allemagne, en Italie, en France, existaient des architectes qui avaient conçu un ou deux stades, mais aucun n’en avait fait plus de deux ».

L’usine transposée au terrain de foot

« Sans fioriture, pas jolis mais pratiques, » résume Simon Inglis. Les stades dont nous admirons aujourd’hui le style suranné n’ont pas été conçus dans un souci d’esthétisme. Archibald Leitch construit des usines. C’est de cet univers et des matériaux qui le composent qu’il se sert pour se faire une réputation dans le monde du football. « L’ingénieur et ses clients sont en quête de fonctionnel, à moindre coût et qui puisse être construit en un rien de temps ». Si l’on observe les tribunes qu’il a conçues, elles reprennent toutes les éléments caractéristiques de la « factory » britannique du début du XXe siècle. À la différence des usines, la tribune a un côté ouvert sur le terrain et elle dispose de sièges. Les toits en taule sont caractéristiques des usines de l’époque.

Des tribunes dans différentes gammes de prix pour des stades modulables et adaptés aux différents clubs. Ses réalisations passées servent d’exposition à « Archie ». Sa réputation grandit entre 1900 et 1910, avec les constructions de Bramall Lane (Sheffield United, 1900), Old Trafford (Manchester United, 1902), Stamford Bridge (Chelsea, 1905), Anfield (Liverpool, 1906), Goodison Park (Everton, 1908-1909) et White Hart Lane (Tottenham, 1908-1909), et sa carrière décolle. « Les clubs voulaient quelqu’un qui puisse livrer un stade rapidement et pour pas cher. L’avantage dont disposait « Archie » est qu’il mettait à disposition de ses clients un catalogue (pattern book), dans lequel étaient répertoriés les différents modèles de stades qu’il pouvait réaliser ».

« Crush barriers », « roof-top gables », « criss-cross balcony »

Archibald Leitch n’était peut-être pas un précurseur, mais sa touche est restée perceptible des dizaines d’années d’après à sa mort. L’homme est celui qui a breveté les crush barriers (barrières anti-écrasement), qui ont orné les terraces (tribunes basses où les spectateurs étaient debout) d’un grand nombre de stades britanniques. Il s’agit d’un design « anonyme », industriel, en acier de forme tubulaire. « Ces barrières ont été produites par milliers. Et pour les millions de fans de foot que nous étions de 1905 jusqu’à la tragédie d’Hillsborough, à Sheffield, en 1989, ces barrières sont celles contre lesquelles nous nous sommes appuyés, sans jamais nous poser la question de qui était à leur origine. Tout le monde l’ignorait ».


La latéral gauche d’Huddersfield Town Ray Wilson, appuyé sur une crush barrier de Leeds Road, oeuvre de Leitch

Le criss-cross balcony est pour sa part purement fonctionnel. « Il est vrai qu’ils rendent bien, mais ils sont avant tout des pièces d’acier utilisées pour renforcer des tribunes à deux étages. Si vous demandiez à n’importe quel fan de foot au milieu du 20e siècle, il aurait répondu qu’en effet la tribune d’Everton était comme celle de Roker Park ou d’Ibrox, mais il n’aurait su dire pourquoi et qui en était l’auteur, » raconte Simon Inglis. Si Leitch était encore en vie, il serait sûrement étonné de voir que des gens sont fascinés par son travail, alors qu’il n’avait comme seul objectif que de livrer un outil purement fonctionnel. Caractéristiques des stades de Leitch, les roof-top gables (toits à pignon) n’étaient pas une idée à lui.


Les criss-cross balconies de Goodison Park, stade d’Everton, sont l’oeuvre de Leitch

Avant Hillsborough ou Craven Cottage, d’autres architectes avaient construit des stades munis de toits à pignon. Motif très commun dans l’architecture britannique, on le retrouvait par exemple sur les toits des maisons et des immeubles institutionnels. Le stade de Leeds, construit avant même qu’il ne soit diplômé, comportait un toit à pignon. Leitch usait d’éléments communs de l’architecture vernaculaire. Sans volonté d’esthétisme. Ce qui pousse Inglis à nuancer. « La conception des crush barriers, des roof-top gables et des criss-cross balconies, je n’irais pas jusqu’à dire que c’était sa signature, car il n’était pas ce type de designer. Il n’était pas dans l’esthétisme. Il était ingénieur et pour lui un objet était avant tout fonctionnel ».


Roof-top gable de Hillsborough, enceinte du club de Sheffield Wednesday FC, oeuvre de Leitch

Des architectes réputés plutôt qu’un spécialiste des stades

Si la plupart des archives de l’entreprise Leitch ont été détruites au milieu des années 1950, lorsque son fils est parti à la retraite, laissant l’affaire familiale sans succession, les quelques documents retrouvés par Simon Inglis semblent indiquer que l’architecte ne montre jamais ses liens avec le football. « L’ingénieur ne fait jamais mention de son activité de « concepteur de stades de football », qui le rend pourtant unique ». La raison de cet oubli volontaire ? « Créer des stades n’est pas quelque chose de gratifiant à l’époque. Ce n’est en tout cas pas perçu comme un accomplissement, » explique Inglis.

Même après avoir conçu ses plus belles tribunes, à Villa Park, Ibrox Park, ou White Hart Lane, le résultat de son travail n’apparait jamais dans les revues d’architecture. « Archie » Leitch ne fait pas partie de l’Establishment. Lorsque la Fédération anglaise de football prend la décision, en 1921, de construire un nouveau Wembley, le mythique stade londonien sort de terre deux ans plus tard sans qu’Archibald Leitch ne soit consulté une seule fois. Pour notre historien du football, ceci explique pourquoi le stade est si mal conçu. Les architectes n’avaient aucune connaissance dans la fabrication de stades. Mais jamais la FA n’aurait fait appel à un homme comme Leitch, bien qu’il soit le seul spécialiste de son temps.

Même période, autre lieu. Du côté de Lyon, Tony Garnier réalise les plans du stade de Gerland (1920). Architecte renommé, il se voit confié un projet dans un domaine qu’il ne connaît pas. C’est d’ailleurs le seul stade qu’il a conçu. Si d’aspect l’antre de l’OL (1950-2015) attire l’œil, techniquement l’outil – non connecté – comporte de nombreuses failles. « Ce n’était pas un endroit des plus agréables où assister à un match de foot, » explique Simon Inglis, qui déplore que les clubs choisissent de se tourner vers des architectes réputés, même s’ils n’ont aucune expérience des stades. « Archibald Leitch était lui un concepteur prolifique, populaire dans le monde du football, mais il n’avait aucun statut à l’extérieur de ce très petit monde ». Ce qui explique qu’il soit tombé dans l’oubli à sa mort.

Hillsborough, œuvre dramatique de Leitch

« Sur sa mort en 1939, je n’ai retrouvé qu’une seule nécrologie. Deux lignes dans le journal de l’Institut d’ingénierie mécanique. Il n’était pas un architecte qualifié. Il était ingénieur en mécanique, car à l’époque le génie civil n’existait pas. Aucune mention n’était faite de son expérience dans la construction de stades de football, » regrette Simon Inglis, qui ignore aujourd’hui si l’activité de conception de stades d’Archibald Leitch représentait sa plus grande source de revenus, car il ne reste presque aucune trace de son autre activité : la création d’usines. « Plusieurs subsistent probablement aujourd’hui à travers les zones industrielles du royaume, mais elles sont anonymes et se ressemblent toutes. Il semble probable que la majeure partie ait été détruite ».


C’est dans le parcage n°3 d’Hillsborough, qui pouvait contenir 678 personnes, que 1430 fans de Liverpool se sont massés le jour du drame où 96 d’entre eux perdirent la vie

Aujourd’hui, il est difficile pour nous, fans de football, de comprendre pourquoi il n’était pas prestigieux de construire des stades. L’œuvre d’Archibald Leitch disparait peu à peu. Avant 1905, les tribunes étaient faites de bois quand elles n’étaient pas un simple amas de terre, parfois recouvert d’herbe. Les barrières étaient en bois elles aussi. Il n’y avait aucune science derrière ces lieux destinés au football. Il fut le premier ingénieur à prendre les stades au sérieux. Au cours du XXe siècle, son travail a peu à peu disparu. Entre tragédies et obsolescence, la plupart des stades conçus par Leitch étaient arrivés au terme de leur vie. Le public demandait autre chose, même avant le drame d’Hillsborough, depuis les années 1960 les clubs réclamaient plus de sièges.

La tribune d’Hillsborough, à Sheffield, était l’œuvre de Leitch. Mais elle avait été modifiée au cours du temps. Les ingénieurs avaient fait des erreurs dans la manière d’installer les barrières de sécurité. L’espace était trop important entre chaque barrière. Ce n’était pas du fait de Leitch, qui dans ses travaux préconisait un espacement plus resserré, pour limiter le mouvement des fans. Dans de nombreux stades, ils ont commencé à enlever les barrières, ou ne les ont pas installées correctement, ce qui a laissé de grands espaces. C’est la deuxième cause majeure du drame d’Hillsborough, explique Inglis, après la défaillance des effectifs de police, ce 15 avril 1989. Un mouvement de foule lors de la demi-finale de FA Cup opposant Liverpool à Nottingham emporte 96 personnes.


Dans la Main Stand d’Anfield, stade de Liverpool, à chaque match les blessés étaient nombreux

Dans la tribune du kop de Liverpool, originellement œuvre de Leitch et qui avait été reconstruite en 1920 pour y ajouter un toit, étaient recensés des blessés à chaque match. Souvent sans gravité, une cheville, une côte cassée, un coup, une mauvaise chute ou un malaise… Dans les années 1980, les statistiques délivrées par le club faisaient état de 40 supporters blessés par match. Personne ne perdait la vie. « Mais il existe une longue histoire des accidents dans les stades qui a été passée sous silence. Des cas isolés. Les clubs n’accepteront jamais de prendre la responsabilité. On parlera d’une crise cardiaque, ou de quelqu’un qui est mort de ses blessures quelques jours après le match. Cela faisait simplement partie du jeu. Et à cette époque, personne n’aurait demandé des comptes au club devant la justice, » nous raconte Inglis.

Hillsborough a accéléré les choses. Avec le Rapport Taylor, qui a pour ambition de définir les causes de la tragédie et d’établir des recommandations afin de renforcer la sécurité au cours des évènements sportifs futurs, les stades doivent se munir de tribunes assises. Mais Simon Inglis pense que même sans la tragédie de l’enceinte de Sheffield les tribunes debout auraient fini par disparaître malgré tout. Si des tribunes conçues par Archibald Leitch ont survécu, elles ont changé drastiquement. Sur les onze structures encore visibles aujourd’hui, seules trois ou quatre ont conservé leur état originel. Ibrox Park, à Glasgow, et Craven Cottage, à Londres, sont les deux stades qui portent encore de manière distincte la marque de l’ingénieur.


Le stade de Craven Cottage d’aujourd’hui reste proche de l’oeuvre originale d’Archibald Leitch

Ce qui reste de l’œuvre de Leitch

L’avenir de Leitch semble incertain. À Dundee, Dens Park devrait disparaître d’ici quelques années. Le directeur général du club, John Nelms, table sur 2021 pour l’ouverture du nouveau stade. Après avoir été un temps la propriété de ses supporters, le club de Portsmouth est lui passé sous pavillon américain en 2017. Ancien boss de Disney, Michael Eisner a des envies de changements. Antre d’Everton, Goodison Park ne devrait plus servir pour longtemps aux Toffees. L’œuvre de Leitch devrait toutefois échapper à la démolition. Alors que le maillot du club de Liverpool rend cette saison hommage à Archibald Leitch, les supporters bataillent pour conserver des détails de l’ancien stade dans le nouveau. Du côté de Sunderland, lorsque Roker Park est devenu le Stadium of Light, les balcon sertis de barres en acier disposées en croix sont allés décorer les parkings aux abords du nouvel écrin.

Le patrimoine architectural du football britannique survivra-t-il à la modernisation ? Le football est un processus en mouvement. Les clubs doivent améliorer leur stade pour rester viables économiquement. Un changement doit avoir lieu. Comme il avait eu lieu à l’époque d’Archibald Leitch. « Si Leitch était là aujourd’hui, il serait surpris de voir qu’une partie de son travail a subsisté. Il avait peu de sentiments en ce qui concerne les affaires. Il ne faut pas oublier que le football est et a toujours été un business ». Si l’on peut dire que Simon Inglis a partagé sa vie avec Archibald Leitch, et que son discours est empli de sentiments, l’historien parvient à conserver une distance avec son sujet. « Archibald Leitch était un homme malin, un homme d’affaires accompli et j’aurais adoré pouvoir le rencontrer, mais il n’était pas un génie. C’était un personnage doté d’un bon sens de l’humour, il savait manier la presse et était populaire. Mais il n’intègre pas le top 100 des grands ingénieurs du XXe siècle ».


Ce n’était pas mieux avant

Nous fans de football avons un petit faible pour lui, mais nous sommes les seuls dans ce cas. Cela s’explique par le fait que les stades qu’il a construits coïncident avec l’âge d’or. Nous associons les designs de Leitch à une époque qui dans notre mémoire, celle de Simon Inglis en tout cas, semble plus belle. Le fameux « c’était mieux avant ». Mais cela ne l’était pas. Il faut le reconnaître. « Lorsque l’on regarde le nombre de femmes qui avaient la possibilité d’assister aux matchs, lorsque l’on observe qu’il n’existait pratiquement pas de toilettes pour femmes dans les stades de Leitch, lorsque l’on se souvient des difficultés d’accès pour les enfants, les handicapés. Sans compter les buvettes, qui étaient minimes et ne proposaient presque rien. C’était très sommaire. C’est trop facile de regarder en arrière et dire « c’était merveilleux », » conclut l’historien.

Ceci étant dit, Simon Inglis ne cache pas une certaine nostalgie. La tribune qui l’a fait tomber amoureux des stades de football, la Trinity Road Stand de Villa Park, dans laquelle il a pris place pour la toute première fois un après-midi de l’année 1962, alors qu’il avait sept ans, avait été conçue par Archibald Leitch. Cette première expérience du football, dans l’antre d’Aston Villa, reste intimement gravée dans la mémoire de l’historien. En 1998, Simon Inglis s’est battu pour que la première tribune dans laquelle il avait mis les pieds soit classée monument historique de la ville de Birmingham. En vain. Lorsqu’elle a été démolie en 2000, c’est une partie de lui, de son attachement au football et à Aston Villa qui s’est envolée. Rien n’a plus été pareil. Aujourd’hui, l’historien conserve un morceau de la mosaïque qui ornait la tribune. Un fragment de l’histoire. Un bout de sa vie. Un petit morceau de celle d’Archibald Leitch.


Fragment de la mosaïque qui ornait la Trinity Road Stand de Villa Park, jusqu’à sa démolition en 2000

Remerciements à Simon Inglis, journaliste, écrivain et historien britannique du football, auteur de Engineering Archie, publié aux éditions Played in Britain, ouvrage retraçant la vie et l’oeuvre du premier ingénieur des stades, Archibald Leitch.

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